La semaine dernière, pour des raisons de santé, Mr Patate a été hospitalisé. Je vous passe les détails, mais c’est suffisamment sérieux pour nous donner une petite bouffée d’adrénaline. Depuis maintenant 1 an, nous y allons régulièrement. Parfois, pour relativiser, je me dis qu’il m’aime tellement qu’il s’en est fait péter le cœur. Ça c’est pour la poésie. En vrai, il a juste abusé de la mayonnaise pendant trop longtemps.

D’habitude, je m’arrange pour me libérer et passer la journée avec lui. Ma petite Patate est un stressé de la vie, hors de question pour moi de le laisser affronter ça tout seul. On est une équipe. Une équipe de vie. J’essaye d’être son océan de douceur, la calmitude incarnée pour le canaliser. Je dis bien j’essaye. Parce qu’en vrai je suis autant stressée que lui. Ptête même que je le stresse encore plus qu’il ne l’est déjà.

Comme je sais que ces journées d’hôpital sont extrêêêêêêêmement longues, je prévois de l’occupation. Je prends mon petit ordi avec tout plein de films et toutes mes émissions préférées, et bien sûr, mon p’tit Louis. Je ne m’en sépare jamais. Impossible. Seulement, le stress étant plus fort que tout, je n’arrive pas à me concentrer. Je lis, mais j’ai beau relire 10 fois la même phrase, je ne comprends pas. J’appelle ça « lire en mode automatique ».

Une journée à l'hôpital

L’équipe soignante vient chercher ma Patate, je lui fais un rapide bisou, et nous voilà séparés. Cette séparation forcée est toujours difficile. On ne sait jamais ce qu’il peut se passer, alors j’ai envie de lui dire encore et encore à quel point je l’aime, qu’il va me manquer, qu’il est un battant et va gérer tout ça les doigts dans le nez. Les larmes montent, je me contiens. A chaque fois j’ai peur de le voir pour la dernière fois.

Une fois parti, je me retrouve seule avec moi-même. Plus qu’à attendre… Longtemps. J’en profite pour bouquinerboredom, mais je n’arrive pas à me concentrer (le fameux mode automatique). Je lance une émission pourrie, mais je n’arrive pas à suivre. J’essaye de regarder un film, mais il est nul, j’accroche pas et passe plus de temps à regarder par la fenêtre qu’à regarder mon écran. J’essaye de dormir, mais je tourne dans tous les sens sans arriver à trouver le sommeil. Je reste allongée sur son lit sur le dos, sur le ventre, les fesses en l’air, la tête qui pend dans le vide, en boule, en étoile de mer… On aurait dû prendre une caméra pour faire un time lapse, on aurait rigolé après. Je meurs, littéralement. Je bouillonne, je suis un lion en cage, rien n’arrive à faire passer le temps.

…Bref…

Cette fois-ci, je n’ai pas pu me libérer du travail. J’abandonne ma Patate à son triste sort, et pars rejoindre mon poste. La journée va être longue.

Allé, au boulot ! J’ai pas la patience, j’ai envie de m’enfuir, je reste les yeux rivés sur mon téléphone. 5 minutes me font l’effet de 3 heures. Mr Patate a été shooté à l’atarax, il dort. J’aimerais être près de lui.

Mes 5 petites heures de travail ont été interminables. J’ai essayé de paraître décontract, mais je crois que mes collègues ont vu que ça marchait pas. Ils me regardent tous avec des yeux de grenouille compatissante. Ça me stresse encore plus.

Une fois cette étape terminée, je m’empresse de rejoindre ma moitié. J’ai le cœur qui bat à 100 à l’heure. J’entre dans sa chambre, « bonjour, bonjour… ». Il a la chance d’avoir un voisin de lit. Ma Patate dort profondément, heureusement, pour une fois, il ne ronfle pas. Vu sa façon de ronfler, c’est pas plus mal. Quoi que, ça aurait peut être détendu le voisin qui a l’air sur les nerfs. Je me penche au-dessus de lui, je le endormitrouve beau (Mr Patate hein, pas le voisin), on dirait un petit garçon, il est tout mignon, j’ai envie de me glisser sous le drap et me coller contre lui. Je freine ma pulsion et me contente de la chaise face à lui. Je prends Louis, et me lance dans mon roman en attendant qu’il se réveille. Au bout d’une ligne, je sens mes yeux picoter. Je penche la tête en arrière et ferme les yeux, le sommeil arrive, il est vraiment pas loin. Tant qu’à faire, autant en profiter pour rattraper mes heures de sommeil en retard… La chaise, c’est dangereux. Je risque de plonger en avant et m’écraser sur le sol comme une crêpe. Je regarde autour de moi à la recherche d’une solution de repli et remarque une petite table. C’est pas du tout mon truc, les siestes sur les tables. Mais là, exceptionnellement, elle m’a l’air très confortable. Je prends mon écharpe, la roule en boule, croise les bras, mets mon écharpe sur la table, et pose ma tête dessus. Pouf ! Dodo. En 2 minutes top chrono. Chose qui ne m’arrive jamais.

hopital

Soudain, la porte s’ouvre, assez violemment pour me faire faire un bond de 2 mètres. C’est le docteur qui vient voir le voisin. Pour le coup, il a réveillé tout le monde. Mr Patate émerge de son sommeil. Je m’assois sur le bord du lit. Il me regarde tendrement, avec ses yeux de petit garçon tout mignon, il a ce doux sourire que j’aime. Ce sourire qui fait que je me sens importante pour lui, ce sourire si sincère qu’il fait un bien fou, celui qui me ferait bouger des montagnes pour lui. Il a tendu faiblement son bras vers moi et m’a caressé tendrement la joue. Il est content de me voir, tout mon stress s’envole en un claquement de doigts. Il me tire vers lui, me prend dans ses bras comme si j’étais son doudou. On est bien, à nouveau réunis et inséparables. Une fois de plus, le sommeil nous emporte.

Paf ! Réveil brutal / 2ème. L’infirmière. Elle vient juste voir si tout va bien. « Oui madame ! ». Elle s’en va.

Mr Patate me raconte son examen. Tout s’est bien passé. Il m’avoue avoir harcelé l’équipe pour avoir le max de dose de calmants. L’anesthésiste a hésité, mais voyant qu’il ne se laisserait pas faire aussi facilement, il a capitulé. Ca explique qu’il soit à l’ouest, je comprends mieux. Pendant un instant, j’ai cru qu’ils s’étaient trompés et l’avaient lobotomisé par erreur.

Comme je suis une amoureuse parfaite, j’ai amené le réconfort nécessaire. Il est tout blanc, je crois qu’un peu de sucre lui fera le plus grand bien.

– Tu veux des p’tits gâteaux ?
– Oh ! Ouiiiii ! Des p’tits gâteaux !
– J’ai pris tes préférés, ceux au chocolat et aux framboises !

prédateurLe voisin nous regarde. Je crois qu’il a envie de sauter de son lit pour se jeter dessus. Le pauvre n’a pas mangé depuis la veille, il est 15 heures, et il n’a toujours pas eu son examen. Seule sa perfusion (et la peur d’une nouvelle piqûre) l’en empêche. Je culpabilise de manger devant lui, puis décide qu’après tout, je ne le connais pas. Pas de pitié, chacun sa merde. Mange chéri. Tu les as mérités ces gâteaux.

Goûter terminé, je me mets en boule à ses pieds, et nous voilà repartis pour une petite sieste. Oui, on est très fatigués. Je crois qu’on a quelques heures de sommeil à rattraper.

Et pouf ! L’infirmière vient refaire le pansement de Mr Patate. Il lui fait les yeux doux. Ça m’énerve. Du coup je me suis vengée en faisant les yeux doux à l’aide-soignant. Ça l’a énervé. 1 point partout.

D’habitude, à l’hôpital, on attend toujours très longtemps. Pour une fois, aujourd’hui, tout s’est enchaîné très vite. On pourrait croire que nos siestes ont fait passer le temps plus rapidement, mais non. Il suffit que je m’assoupisse 2 minutes pour que quelqu’un entre dans la chambre à ce moment. Véridique. Je crois que je me suis découvert un nouveau un don : accélérer la journée d’hôpital par un dodo qui sera automatiquement stoppé par quelqu’un. Ça peut être utile… A retenter. 

La journée à l’hôpital touche à sa fin. On est content : elle est passée beaucoup plus vite que d’habitude. L’infirmière nous libère, on est tellement content qu’on s’en va presque en courant.

– Bye bye les p’tits moineaux !
– Oooh les p’tits moineaux ! C’est mignonnnn…

Allé chéri, t’as bien mérité une belle grosse bonne pizza. C’est pour moi, c’est cadeau. C’est parce que t’as souffert aujourd’hui.

Arrivé à la maison, Mr Patate s’installe à table et déguste sa pizza. Je l’observe, il kiffe grave. C’est bon le gras, hein ? J’ai envie d’immortaliser ce moment par une photo. Je dégaine mon téléphone. Sauf que je ne le retrouve pas. Panique. Je retourne mon sac à main, repasse par toutes les pièces de la maison où je suis allée en rentrant, fouille la voiture… Rien. Décidément, j’ai un problème avec mes téléphones… Click pour voir l’épisode précédent. On est parti tellement vite que je l’ai laissé dans le lit de Mr Patate. On a appelé l’hôpital, ils l’ont retrouvé dans le sac de linge sale qui partait à la machine. J’ai eu chaud.

…Boulet un jour, boulet toujours…

Aujourd’hui, ça fait 1 an que tout a commencé. C’est un peu une renaissance pour lui.

Il y a un an, les attentats à Paris nous ont tous marqués.
Il y a un an, au même moment, mais pas à Paris, j’ai failli perdre ma moitié.

Alors, joyeux 2ème anniversaire ma Patate 🙂

C’est l’occasion pour moi de te redire que je suis fière de toi.
Bravo pour ta combativité.
Bravo pour ta ténacité.
Bravo pour tout ce chemin parcouru.
Tu m’épates, et je serai toujours à tes côtés.
Tu peux être fier de toi.
Moi je le suis <3

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